lundi 21 mai 2018

Gherasim Luca (1913-1994).



Je parcours aujourd’hui une étendue 
où le poème prend forme de l’onde qui l’a mis en marche.
Mieux, le poème s’éclipse devant ses conséquences.
En d’autres termes: je m’oralise.

     Salman Locker, issu d’une famille juive ashkénaze, naît à Bucarest et n’a qu’un an lorsque son père, Berl Locker, tailleur engagé dans l’armée roumaine, meurt en 1914. C’est dans la rubrique nécrologique d’un quotidien annonçant le décès de «Gherasim Luca, Archimandrite du Mont Athos et linguiste émérite», que le poète choisira plus tard ce pseudonyme, et après son installation définitive à Paris qu’il adoptera la version accentuée de la première partie de son nom. Par fidélité à ma langue, nous conserverons ici l’orthographe originale.

     Étudiant à Bucarest, il se consacre à la littérature, apprend le français et l’allemand. Dès 1930 il collabore à des publications d’avant-garde dont la revue Alge, sous le nom de Costea Sar, exprime son engagement politique dans une série d’articles sur la «poésie prolétarienne» parus entre 1933 et 1935 dans Cuvîntul liber [La Parole libre], organe de presse antifasciste et pro-communiste roumain.

L’oiseau innommé, Victor Brauner
pour Ce château pressenti (1958)
de Gherasim Luca.

     Initié à la philosophie allemande et la psychanalyse par son ami Dolfi Trost, poète et théoricien roumain, instigateur de la graphomanie entopique*, il participe très activement à la vie culturelle de son pays. À la fin des années trente, Gherasim Luca s’intéresse particulièrement au mouvement surréaliste et entreprend une abondante correspondance avec son initiateur André Breton. Anticipant les dérives antisémites du régime, il quitte précipitamment Bucarest pour rejoindre Paris en 1938. Son ami, le peintre Victor Brauner, l’introduit auprès du groupe surréaliste conduit par André Breton, mais il renonce finalement à rencontrer l’écrivain français. Lorsque la guerre éclate, il regagne la Roumanie en traversant l’Italie, échappant ainsi de peu à la déportation.
     Avec Gellu Naum, Virgil Teodorescu, Paul Paun, et Dolfi Trost, il fonde en 1940 le groupe surréaliste de Bucarest. André Breton les reconnaît comme représentants officiels du mouvement qu’il dirige. Malgré les réticences de Gellu Naum opposant un attachement farouche à sa langue natale, le groupe se distingue du mouvement international en revendiquant un bilinguisme nécessaire en tant qu’entité distincte.

     La Roumanie rejoint les puissances de l’Axe et intensifie sa répression antisémite. Sur les cinq membres du groupe surréaliste, trois sont juifs et tous ont milité pour la gauche. Fiché par les services de renseignements, et sous la menace constante de la déportation, il est contraint de vivre dans la clandestinité. Luca n’échappera pourtant pas au camp de travail. Durant ces années, il rédige notamment Vampirul pasiv [Le Vampire passif], son premier livre-manifeste du surréalisme, et en collaboration avec Trost: Dialectique de la dialectique, Message au mouvement surréaliste international. Bilan de l’activité du groupe de Bucarest, ce dernier ouvrage traite du devenir de la pensée surréaliste, et appelle à une vision anti-œdipienne destinée à libérer l’amour, vision plus tard développée par les philosophes Gilles Deleuze et Félix Guattari dans L’Anti-Œdipe (1972).
     Entre 1945 et 1947, le groupe bénéficie d’une courte période d’apparente liberté d’expression, et travaille dans le sens des idées de Breton dont il veut enrichir le champ expérimental. À cette période, Gherasim Luca publie la collection surréaliste Infra-noir qui est à
Cubomanie (1944)
d'après Le printemps de Botticelli.
la fois le nom d’une exposition de 1946 et d’une série de plaquettes «témoignant du désir à repenser la dialectique marxiste et à examiner les fondements du surréalisme pour le préserver d’un devenir strictement spectaculaire».
     Mais la trêve ne dure qu’un temps. La Roumanie d’après-guerre souffre d’un isolement intellectuel et artistique, Luca traverse une période de doute à l’égard de ses propres travaux, frustré par une infériorité géographique, et dès 1947, sous la pression de la censure des autorités communistes, le poète et nombre de ses amis artistes et intellectuels décident de quitter la Roumanie. Le groupe se dissout la même année en raison de ses positions politiques révolutionnaires discordantes. Il lui faudra attendre quatre ans pour obtenir un passeport, et se rendre alors en Israël avec son ami Trost en 1951 avant de rejoindre Paris, épicentre du surréalisme, en 1952. Le poète abandonne définitivement sa langue maternelle et choisit de ne plus écrire qu’en français. Cette décision n’est pas étrangère à sa position anti-œdipienne revendiquant sa volonté d’échapper à la tutelle castratrice, inscrite comme une fatalité de l’hérédité biologique.

     Gherasim Luca s’installe à Paris dans un modeste atelier de Montmartre. Il retrouve Paul Celan, Victor Brauner, son ami peintre dont les théories ont marqué son travail sur l’image, et toute la communauté d’artistes roumains installés dans la capitale. Il réalise des livres-objets auxquels collaborent Victor Brauner, Max Ernst, Piotr Kowalski, Jean Arp, et multiplie ses œuvres graphiques parmi lesquelles les célèbres Cubomanies, entamées dès 1945. Le principe de la cubomanie consiste à utiliser des images (photographies, illustrations, peintures) découpées en carrés précis entre 4 et 6 cm2, ensuite rassemblés en structures de grille régulières.


   Contrairement à la pratique du collage surréaliste élaboré comme un détournement créatif, la cubomanie, dans son assemblage apparemment aléatoire de carrés, exclut toute cohérence narrative et ne permet aucune lecture linéaire. Elle adopte une position dialectique de la négation permanente et de négation de la négation. Implicitement elle critique les «déviations artistiques» du surréalisme. «La cubomanie nie», affirme Luca.
Cubomanie (1944)
Passionnément.

    L’adoption définitive de la langue française dans ses écrits amorce l’exploration de la matière sonore dont il est difficile de rendre compte à la lecture seule de ses œuvres. C’est pourquoi il s’exprime fréquemment dans les récitals poétiques, faisant littéralement tanguer les mots, jusqu’au bégaiement du poème Passionnément, dont Deleuze affirmera qu’il n’est pas celui d’une parole mais celui du langage lui-même. À travers ces créations sonores, Luca explore la possibilité de résoudre dialectiquement le conflit entre le monde intérieur et le monde extérieur. 
    Resté silencieux sur les années d’humiliation subies pendant la guerre, la mémoire de l’holocauste n’en est pas moins présente dans ses textes (Œdipe Sphinx, 1976), pour certains restés inédits. Dans un carnet de 1965, il note: Fondamentalement, et même légalement je suis nécessairement apatride. Ni ma langue passée ni ma langue présente ne justifient à mes yeux (après Auschwitz) l’appartenance à un patrimoine national . Je suis l’Étranjuif. Gherasim Luca / Salman Locker ne cesse de construire un récit figurant autrement l’histoire, pour échapper à son emprise. 
   À la fin des années 80, contraint de quitter son atelier jugé insalubre, il doit justifier de sa nationalité française pour être relogé. «L’Étranjuif» se fait naturaliser et épouse sa compagne Micheline Catty en 1990. Rattrapé par son angoisse de l’antisémitisme et du racisme, il écrit son dernier ouvrage La Proie s’ombre en 1991 et s’ombre dans une profonde mélancolie. Dans Moartea Moartă, publié en 1945 et traduit en français par La Mort morte, Luca fait part d’une expérience de cinq tentatives de suicide en notant scrupuleusement chaque étape, et les sensations qu’éprouve le sujet.

     Le 9 février 1994, à 81 ans, il en écrit l’ultime chapitre dont il ne pourra consigner les sensations. Gherasim Luca se jette d’un pont proche de celui de son ami Paul Celan. On retrouve son corps le 10 mars seulement. Dans la lettre d’adieu laissée à sa compagne, il écrit: il n’y a plus de place pour les poètes dans ce monde. — © Irma Cordemanu, 2018.

La Mort morte, tentative de suicide (II).

* Radicalisation de la méthode surréaliste et automatique de dessin, consistant en une écriture indéchiffrable, qualifiée de «surautomatisme», et décrite dans Dialectique de dialectique écrit en collaboration avec Gherasim Luca (1945). 


Gherasim Luca lit son poème Passionnément (1989).

jeudi 17 mai 2018

17 mai: l'Ascension vers la Terre (9/12).

Icône de l'Ascension, Novgorod, 1410.
  «Voyez mes mains et mes pieds: oui, je suis, moi-même. Touchez-moi et voyez. Un souffle n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'ai. [...] Avez-vous quelque aliment ici?». Ils lui tendent un morceau de poisson grillé. Il le prend et le mange devant eux. Il leur dit: «[...] Voici, j'envoie sur vous la promesse de mon Père. Vous, restez dans la ville, jusqu'à ce que vous revêtiez la puissance d'en haut». [...] Il s'écarte d'eux: il est enlevé au ciel. Ils se prosternent devant lui, puis reviennent à Jérusalem. — Luc 24, 39-52. 

Le Pérugin: Ascension du Christ en
présence de la Vierge et des Apôtres,
1496.
    De même qu'une annonciation ne vaut rien si elle n'est pas suivie aussitôt d'une visite vers nos semblables, cette dernière montée au ciel nous dit que dès maintenant, et probablement pour toujours ici et sans attendre encore la Pentecôte, c'est à nous de vivre pleinement notre terre et d'en faire notre bien. Sans doute ce que disent les plus humbles de nos icônes qui donnent leur plus grande place à Marie, aux apôtres et aux anges parmi nous, pour consacrer notre regard sur les hommes et femmes de la terre, regardant la terre ou se regardant, nous regardant de toutes les façons. Alors que, si merveilleuses et ferventes, les Ascensions de la tradition picturale occidentale se centrent sur «le Christ qui monte au ciel mieux que les aviateurs Il détient le record du monde pour la hauteur» selon Zone, de Guillaume Apollinaire, et nous donnent à voir et à suivre des hommes et des femmes n'ayant pas encore consenti à quitter le ciel des yeux.

Rembrandt: Ascension du Christ,
1636.
    Après une visite aux morts le samedi précédent, en ce jeudi de l'Ascension, les femmes apportent à l’église gâteaux aux noix, biscuits secs, œufs peints, pour les faire bénir avant de les offrir aux plus pauvres. La veille, les jeunes filles avaient planté des fleurs en terre, qui ne pourront ce jour-là que s'élever à leur tour vers le ciel, puis s'en vont en forêt avec les garçons en quête d'éphémères fleurs d'aulne, essentielles pour les tisanes autant que pour les philtres d'amour. D'ailleurs, toujours à fins de bénédictions, les gens apportent aussi à l'église toutes plantes médicinales. Elles ne s'avisent pas de faire du feu ce jour-là, ce qui entraînerait des querelles familiales toute l'année. Ni davantage de prêter du sel, car immanquablement le lait des vaches ne serait pas gras.

      «Vous, vous êtes le sel de la terre. [...] Vous, vous êtes la lumière de l'univers; une ville située sur une montagne ne peut être cachée». — Matthieu 5, 13.— © Irma Cordemanu, 2017.

mercredi 16 mai 2018

Smaranda Brăescu (1897?-1948), la fille de l'air.


— Tout ce que vous lirez ici ne sera pas rigoureusement exact. —

   1897, 1904, 1905? Débat d'experts sur l'année de naissance de Smaranda Brăescu. Quant aux dates clés de son existence, il faut savoir prudence garder, car elles aussi diffèrent selon nos sources. Elle naît, disons, en 1897 à Hănţeşti, commune de Buciumeni dans l'actuel comté de Galaţi.

  En 1912 Smaranda assiste au vol d’un des héros de l’aviation roumaine, George Negrescu, et fixant le ciel, dit à ses parents: Quand je serai grande je serai pilote! Deux ans plus tard, sa compatriote Elena Caragiani, pionnière de l'aviation sanitaire, se voit refuser sa licence et part en France pour obtenir le Brevet de Pilote de la Fédération Internationale d'Aéronautique. Devant à son tour faire face aux préjugés de l'époque, Smaranda Brăescu détourne un temps sa vocation en décidant d'être parachutiste, sans perdre de vue son objectif de devenir aviatrice. À l'été 1928, à l'invitation de l'ingénieur allemand Otto Heinecke que la même passion réunit, elle se rend à Berlin et obtient sa licence de parachutiste.
   En ce jour du 17 août 1930, le vent souffle particulièrement fort à Satu-Mare (Roumanie), et lors d'un saut en parachute, Smaranda percute un arbre. Emportée par sa voile, elle est traînée sur près d'une centaine de mètres. Souffrant de multiples fractures, la fille de l'air est contrainte de rester immobilisée plus de six mois. Cependant, loin de se décourager, dès qu'elle retrouve l'usage de ses jambes, Smaranda s'entraîne intensément et le 19 mai 1932 à Sacramento, Californie [le 23 mai selon les archives du gouvernement américain], s'élançant de 7200 mètres, elle pulvérise le record du monde de saut en parachute jusque-là détenu par un Américain. Le 8 octobre elle obtient enfin sa licence de pilote aux États-Unis.
 
Licence de pilote n°27166
   À son retour en Roumanie, la presse salue unanimement son saut historique et elle est décorée de «la croix d'or de la vertu de l'aéronautique» par le roi Carol II, président d'honneur de l'aéroclub royal. Elle décide alors d'abandonner définitivement le parachutisme pour se consacrer à l'aviation. Le 19 mai 1936*, aux commandes d'un Miles Hawk Major, Smaranda Brăescu établit le record de traversée de la Méditerranée, Rome-Tripoli, 1100 kilomètres en 6 heures et 10 minutes.

Pendant la seconde guerre mondiale la pilote rejoint la célèbre Escadrille blanche (Escadrila Alba) composée exclusivement d'aviatrices, et conduite par la princesse Maria Cantacuzino, née Maria Rosetti-Tescanu (1878-1969), épouse du compositeur roumain Georges Enescu. Cette escadrille a pour mission de secourir les blessés du front de l'Est et sauvera des milliers de soldats.
Smaranda et son
Miles Hawk Major
   Après la guerre elle s'engage dans la résistance anti-communiste et proteste dans une pétition contre la falsification des élections de 1946 qui consacrent la victoire du parti. Pétition qui arrive malheureusement entre les mains de la délégation soviétique. Smaranda  Brăescu est condamnée par contumace à deux ans de prison et fuit pour éviter l'arrestation. Arrivée à Cluj sous l'identité de Maria Popescu elle se réfugie au monastère de la Congrégation de la Vierge dans la commune de Jucu.
   Atteinte d'un cancer du sein, elle est secrètement admise à la clinique universitaire de Cluj-Napoca, mais les soins qui lui sont prodigués ne suffisent pas. Elle meurt le 2 février 1948 et serait enterrée au cimetière central de Cluj sous le nom de Maria Popecu, parcelle IIb, tombe 1550. Une note du CNSAS (Conseil national pour l'étude des archives de la Securitate) affirme cependant que Smaranda aurait quitté la Roumanie pour rejoindre la France, sans précision supplémentaire. 

   Décidément, de sa naissance à sa mort, la Reine des hauteurs brassera bien des légendes et laissera de nombreuses zones d'ombre derrière elle. Retrouvé, cet article de L'Est républicain du 5 juillet 1934, information nullement avérée qui anticipe cependant son entrée au couvent. 
   Mais instruira-t-elle les petits Chinois ? La légende ne le dit pas.— © Irma Cordemanu, 2018.

L'Est républicain du 5 juillet 1934:
When the legend becomes fact, print the legend.
   * En 1932 assure Wikipédia à tort, puisque Smaranda Brăescu ne regagne l'Europe qu'au printemps 1933.




Record du monde de saut en parachute.
19 mai 1932 - Sacramento, Californie.

mardi 1 mai 2018

Parachas III, 24-33/54: Lévitique.

Vers les précédentes parachas:
Exode 13-23.
 — © Irma Cordemanu, 2018.

24/54. Vendredi 16 mars 2018
Vayiqra ויקרא / et Il appela.

Photographie: Alex Errera
membre d’un Sonderkommando,
décédé en 1944.
     Lévitique 1, 1 - 5, 26. Dieu donne les lois de l’holocauste, «odeur agréable à l’Éternel»; de l’oblation, offrande de fleur de farine, d’huile et d’encens; du sacrifice de paix dont la viande est consommée par celui qui l’apporte après que certaines parties en ont été brûlées sur l’Autel et d’autres, données aux prêtres; des sacrifices d’expiation involontaires;du sacrifice de culpabilité (détournements, ou parjures «trahison envers Dieu» au détriment de son prochain.

     «Alors on dépouillera la victime, et on la dépècera par quartiers. Les fils d'Aaron le pontife mettront du feu sur l'autel, et disposeront du bois sur ce feu; puis les fils d'Aaron, les pontifes, arrangeront les membres, la tête et la graisse sur le bois, disposé sur le feu qui sera sur l'autel. On lavera dans l'eau les intestins et les jambes; alors le pontife fera fumer le tout sur l'autel comme holocauste, combustion d'une odeur agréable au Seigneur.»

     Comment oser utiliser le mot "Holocauste" pour l'extermination des juifs d'Europe par les nazis? Puisque nous y voilà: sur les documents de l’administration allemande, tout déporté destiné à être gazé est inscrit N.N. (Nacht und Nebel), d'où le titre du film d’Alain Resnais et Jean Cayrol sur le système concentrationnaire, Nuit et Brouillard (1955). Haïm Vidal Sephiha, déporté à Auschwitz, précise que le sigle N.N. n'est pas une invention des nazis, mais figure dans les dictionnaires (Jakob et Wilhelm Grimm, Deutsch Wörterbuch, 1881), avec le sens suivant: «N. ou N.N. désigne un nom qu’on ignore (du latin Nomen Nescio) ou que l’on ne veut pas mentionner (du latin Nomen Nonetur)». Sephiha rapporte le commentaire des gardes-chiourme des camps: «Nacht, “nuit”, c’est l’oubli. Nebel, “brouillard”, c’est la fumée dans laquelle vous vous volatiliserez tous».

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25/54. Vendredi 23 mars 2018
Tzav צו / prescris.

De Tabernakel in de woestijn / Le Tabernacle dans le désert
lithographie populaire hollandaise, fin XIXe siècle.

     Lévitique 6, 1 - 8, 36. Dieu enseigne à Moïse la fonction et les manières des offrandes; prescrit qui les consomme et quand; énonce les interdictions, comme le sang et certains suifs. Moïse consacre Aaron et ses fils, et leur montre durant sept jours comment officier.

     «Quant au feu de l'autel, il doit y brûler sans s'éteindre: le pontife y allumera du bois chaque matin, y arrangera l'holocauste, y fera fumer les graisses du rémunératoire. Un feu continuel sera entretenu sur l'autel, il ne devra point s'éteindre. Ceci est la règle de l'oblation.»

     Il est un temps pour la lettre, il est un temps pour l'esprit. Nous n'immolons plus d'animal mais nos pulsions internes; nous n'inondons plus de sang l'autel mais de la chaleur de notre vie; nous écartons la graisse pour mettre à nu la chair et l'os de nos espérances; nous ne consumons plus l'animal par le feu mais nous entretenons notre foyer intime. Et toutes les odeurs et les parfums sont agréables au Seigneur. Puisqu'en hébreu "korbane / sacrifice" signifie "se rapprocher".

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26/54. Vendredi 13 avril 2018
Shemini שמיני / huitième.




     Lévitique 9, 1 – 11, 47. Les deux fils aînés initiés d'Aaron approchent une offrande non prescrite, ils sont dévorés par le feu et porter leur deuil est interdit. Sont prescrites les lois d'impureté (ce qui est casher et ce qui ne l'est pas).

     «Tout objet SUR lequel il en tomberait une créature impure, deviendrait impur: soit ustensile de bois, soit vêtement, peau ou sac, tout objet destiné à un usage quelconque. Il doit être passé dans l'eau, restera souillé jusqu'au soir, et alors deviendra pur. Que s'il en tombe quelque chose DANS un vase d'argile, tout son contenu sera souillé, et le vaisseau, vous le briserez.»

     Lorsque l'ustensile est en bois ou en métal, il a une valeur en soi, ce qui tombe SUR lui le souille. Mais quand il est en terre, il ne vaut que par son contenant, c'est donc ce qui tombe EN lui qui le souille. Ainsi, nous les humains, nés de l'argile, ne valons que par ce que nous contenons. Ou nous serons brisés.
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27/54. Vendredi 20 avril 2018 (1)
Tazria, תזריע / elle concevra.

Le Corrège: La Madone allaitant, avec un ange.
     Lévitique 12, 1 – 13, 59. Au huitième jour après l'accouchement, le garçon sera circoncis et la mère restera trente-trois jours à l'écart (tout est doublé si c'est une fille) avant de présenter son offrande au temple. La lèpre biblique (taches sur la peau, sur les vêtements ou les murs) entraîne la quarantaine jusqu'à guérison, et les vêtement brûlés.


     Rabban Gamliel avait circoncis son fils Yéhouda malgré l'interdiction des Romains. Dans l'attente du jugement royal, la reine croisa la mère. Comme elle venait aussi d'avoir un petit Antonin, elle le lui prêta le temps de l'inspection royale. Ne constatant aucune circoncision, le roi fit pendre le gouverneur médisant et annula l'interdiction. De plus, tandis qu'elle attendait, la mère de Yéhouda avait eu le temps d'allaiter Antonin qui toute sa vie étudia la Torah avec son frère de lait devenu rabbi Yéhouda Hanassi. La reine en a-t-elle fait de même avec Yéhouda, le Talmud n'en dit rien.

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28/54. Vendredi 20 avril 2018 (2)
 Metzora / מצורע, personne atteinte de la lèpre biblique.

Vitrail de Bourges: Lazare.
     Lévitique 14, 1 – 15, 33. La lèpre biblique peut frapper la peau, la chevelure, la pilosité mais aussi les habits et les murs de l'habitation. Une fois le mal disparu, suivent les rites à accomplir, ainsi que les règles d’impureté et rites de quarantaine et de purification à suivre lors des gonorrhées et des flux séminaux masculins, et des règles féminines.

     «Si le pontife constate, en examinant la plaie, que cette plaie est dans les murs de la maison, en dépressions d'un vert ou d'un rouge foncé, plus basses en apparence que le niveau du mur....» — Ce qu'ajoute encore le Talmud, c'est que jusqu'ici, jamais aucune maison n'a été affectée de cette lèpre. L'essentiel est d'étudier le sens des règles, les humaines et les morales, et de les observer, même si elles ne trouvent jamais leur application et si les négliger paraît sans conséquence pratique. Et que toute moisissure n'est pas encore une lèpre.

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29/54. Vendredi 27 avril 2018 (1)
A'harei Mot / אחרי מות, après la mort.

Christine Jongen (1949-)
Bouc émissaire, 2012, sculpture en bronze.
     Lévitique 16, 1 – 18, 30. Dieu prescrit par Moïse le rituel du grand Pardon (Kippour), offrandes spécifiques, rites dans le Saint des Saints, désignation d’un bouc pour être envoyé vivant à Azazel dans le désert. Il interdit consommation du sang, inceste, rapports avec une femme impure, adultère, rapports homosexuels et avec des bêtes et la consécration des enfants à Moloch.


     «Le bouc que le sort aura désigné pour Azazel devra être placé, vivant, devant le Seigneur, pour servir à la propitiation, pour être envoyé à Azazel dans le désert. Aaron appuiera ses deux mains sur la tête du bouc vivant; confessera, dans cette posture, toutes les iniquités des enfants d'Israël, toutes leurs offenses et tous leurs péchés, et, les ayant ainsi fait passer sur la tête du bouc, l'enverra, sous la conduite d'un exprès, dans le désert.»


     Azazel est un démon pour les Cananéens, un ange déchu pour le livre d'Hénoch, une falaise pour les talmudistes, ou pour la Septante «ez ozel = en partance» d'où, via le grec et le latin, nous est venue l'expression «bouc émissaire» avec son sens biblique.

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30/54. Vendredi 27 avril 2018 (2)
Kedoshim / קדושים, saints.

Caravage, Les Sept œuvres de Miséricorde, 1607.
     Lévitique 19, 1 – 20, 27. « Soyez saints, car Je suis saint. » Toujours par l'intermédiaire de Moïse, Dieu énumère des commandements sanctificateurs: interdiction de l'idolâtrie, égalité de tous devant la justice, honnêteté civile, honneur des parents, caractère sacré de la vie. 

     «Aime ton prochain comme toi-même. Toute la Torah, tout le reste n'est que commentaire» disait Hillel.

     «Si un étranger vient séjourner avec toi, dans votre pays, ne le molestez point. Il sera pour vous comme un de vos compatriotes, l'étranger qui séjourne avec vous, et tu l'aimeras comme toi-même, car vous avez été étrangers dans le pays d'Égypte.

     Égypte, si je t'oublie, aime à écrire ma sœur Sara Oudin. Et je trouve dans le livre des Juges, chapitre 10, mon commentaire, et déjà bien avant les Évangiles les Œuvres de la Miséricorde: «Il faut se comporter avec un étranger-résident avec respect et bienveillance — comme avec un Juif. Car il nous a été ordonné de le faire vivre: "À l’étranger qui se trouve dans tes portes, donne et fais manger". Même aux idolâtres, nos Sages nous ont ordonné de visiter leurs malades, d’enterrer leurs morts aux côtés des morts Juifs, et de subvenir aux besoins de leurs pauvres comme pour les Juifs pauvres, et ce, car ce sont les voies de la paix. Voilà il est dit: «Dieu est bon pour tous, et sa miséricorde est sur toutes ses œuvres».

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vendredi 27 avril 2018

Marin Karmitz (1938 - ), de MK à MK2



L'homme assis au bord de l’eau mais qui ne regarde pas l’eau,
qui regarde la terre.
© André Kertesz, East river, New York, 1938.


      «"J'ai vu l'homme en train de lire l’Ancien Testament. Abraham cherche un endroit pour enterrer Sarah, il se présente aux fils de Heth: je suis étranger et habitant parmi vous; accordez-moi la propriété d'un sépulcre chez vous, que j'enterre mon mort et l'ôte de devant moi (Genèse, 23, 4)". Ainsi, à partir de cette image de Kertesz et de ce verset de l'Ancien Testament, l'idée de cette exposition a pris forme», explique Marin Karmitz dans un entretien avec Christian Caujolle. Étranger résident, c'est donc tout naturellement sous ce titre que Karmitz a dévoilé l'hiver dernier sa collection particulière à La Maison rouge, Paris.

     Né en 1938, dans une famille de la grande bourgeoisie roumaine, Marin Karmitz grandit à Bucarest où son père et ses oncles sont à la tête de la plus grande entreprise d'importation de produits pharmaceutiques et chimiques des Balkans. À la fin de la guerre, pour échapper à la politique antisémite du régime, la famille échange ses biens au parti communiste contre des passeports qui lui permettront de fuir le pays. Lors d'un récent voyage à Bucarest avec son fils, Marin Karmitz mesure avec effarement que l'étendue de ces biens représentaient la moitié de la ville.

Pogrom à Iași, Roumanie, 1941.

     Marin a neuf ans en 1947 quand un train les mène clandestinement (1) dans des wagons plombés à Constanza, au bord de la Mer noire, pour embarquer sur un bateau faisant le tour de la Méditerranée. Tandis que les chrétiens débarquent à Istanbul, l'équipage interdit aux juifs de descendre à quai et les contraint de passer Noël à bord. Alors arrivées à Haïfa, les familles juives tentent de quitter le navire mais sont rattrapées par les tirs anglais. Pris de panique, les Karmitz restent sur le bateau qui se dirige vers Naples, occupée par l'armée américaine. Là, ils sont autorisés à débarquer sans entrer dans la ville et, après un long périple, accostent enfin à Marseille où un oncle les attend pour les mener à Nice. À une heure près, ils échapperont à la Securitatea chargée de ramener le père dans son pays.

     À Nice, alors qu'il n'avait jamais fréquenté l'école interdite aux juifs en Roumanie, le jeune Marin apprend enfin à lire et à écrire dans un établissement du quartier chic du Mont Boron. Sa mère se charge enfin de son éducation, assurée par des gouvernantes jusqu'à l'exil de 1947; elle lui transmet le goût des arts, mais aussi la révolte qu'elle porte en elle du milieu bourgeois dans lequel elle a grandi. Adolescent solitaire, il s'initie à la peinture qui aiguisera plus tard son goût pour l’image. Vivant comme au temps faste des années roumaines, les Karmitz font rapidement face à des difficultés financières et partent s'installer modestement à Paris dans une HLM de la porte Champerret.

     Élève au lycée Carnot, il découvre le marxisme dès la classe de seconde, grâce à son professeur de philosophie Gilbert Mury et s'implique dans les mouvements contestataires de l'époque, militant au sein de l'Union des jeunesses républicaines de France (2), dont il est exclu en 1956 pour son tempérament rebelle, au moment même où, l'histoire lui donnant raison, les chars soviétiques entrent dans Budapest. Une fois passé son baccalauréat, il entre à l'IDHEC, section opérateur en 1957. 

     «Pourquoi le cinéma ? Quand on me pose cette question, c’est toujours le même souvenir qui revient. Vers l’âge de cinq ans, mes parents m’avaient offert un appareil de projection. J’avais invité une petite fille qui, manifestement, me plaisait beaucoup puisque je me souviens d’elle et particulièrement de sa robe. Une robe blanche, un peu large. Je l’avais invitée à voir un film comique que j’ai oublié. C’était dans un couloir en haut d’un escalier. J’étais très ému d’être tout seul avec elle. Tout à coup, l’appareil a pris feu. Le premier souvenir que j’ai du cinéma, c’est celui d’un appareil de projection prenant feu, la pellicule se consumant tandis que je brûlais moi-même de désir pour cette petite fille. En Roumanie, je ne suis jamais allé au cinéma.» Profession Producteur, Conversations avec Stéphane Paoli par Marin Karmitz.

     À cette époque la rencontre avec le philosophe et biologiste Henri Atlan est déterminante dans sa compréhension du monde et son interprétation, à travers les textes sacrés et l'étude du judaïsme.  Citant son maître il dira: «Le judaïsme n’est pas une religion, il interroge la foi et fait la part belle à l'étude. Naassé venichma, faire puis entendre. C’est-à-dire comprendre». Quand le philosophe fait son alyah, Marin Karmitz, ébranlé par son départ, abandonne l’étude. Il y revient beaucoup plus tard grâce à son beau-fils, le rabbin Aaron Eliacheff (3), qui lui présente son maître Rav Gronstein. Avec ce dernier il fonde en 1998 un beith hamidrash, centre d’études talmudiques, toujours en activité à Paris dans le Xe arrondissement. Transmettre un savoir c'est faire un pas en avant pour construire quelque chose de nouveau, dit l’homme qui se consacre aujourd'hui à l'étude. Et de la même manière, transmettre un patrimoine, c'est le léguer pour qu'il se développe. Ainsi Karmitz a peu à peu transmis sa colossale entreprise cinématographique à ses deux fils, Nathanaël et Elisha, pour qu'ils la revisitent, ce dont nous ne parlons pas ici.

     Un monde disparu de Roman Vishniac, préfacé par Élie Wiesel, paru en 1984, constitue un document exceptionnel sur les communautés juives d’Europe de l’Est. Marin Karmitz y découvre les images d'un monde inscrit dans sa mémoire, celui qui précédait l'exil. De cette mémoire il fait resurgir son histoire et celle du siècle dernier, à travers sa collection d'œuvres d'art accumulées depuis de nombreuses années. «Cette collection est composée comme un autoportrait fait de fragments dont l'ensemble seul restitue l'image. [...] En hébreu ancien, le singulier du mot visage n'existe pas, chacun en a de nombreux» écrit Erri de Luca. Dans un entretien accordé à L'Express (Julien Bordier, 13/11/2017), Marin Karmitz poursuit: «Cette exposition de ma collection à la Maison rouge est aussi un hommage aux visages. Pour reprendre le philosophe Emmanuel Lévinas [Éthique et infini], le visage, c'est la conscience de l'autre, le respect d'autrui. L'altérité dans le sens le plus complexe et noble du terme. Pour se retrouver soi-même il faut passer par ce respect de l'autre.»

     L’image est une affaire de morale. — © Irma Cordemanu, 2018.

Johan van der Keuken: Marin Karmitz, 1956.

     1. La famille Karmitz alimentait toute la Roumanie en médicaments et leur fuite risquait de créer un vent de panique dans le pays.
     2. L'Union des jeunesses républicaines de France disparaît en 1956, et donne naissance au Mouvement de la jeunesse communiste de France (MJCF).
     3. Né Nicolas Hossein, fils de Robert Hossein et Caroline Eliacheff, mariée en secondes noces à Marin Karmitz, et petit-fils de Françoise Giroud.

dimanche 25 mars 2018

Grand carême (5): Dimanche de Marie l'Égyptienne.

     LE CYCLE PASCAL s'ouvre par Le Triode qui prépare Pâques (J) en trois temps: le petit carême, le grand carême et la semaine sainte, jusqu'aux Rameaux.

     I. LE PETIT CARÊME comporte quatre dimanches préparatoires. Ces trois semaines sont consacrées à la méditation, à la prière et à la préparation du grand carême.

     II. LE GRAND CARÊME. Commençant le lundi pur (J-48) et se terminant la veille (J-8) des Palmes / Rameaux, il dure donc six semaines et comporte quatre dimanches.
     
     < 1. J-42. Premier dimanche, dit du Triomphe de l'orthodoxie.
     < 2. J-35. Deuxième dimanche, dit des reliques.
     < 3. J-28. Troisième dimanche, dit de la Croix.
     < 4. J-21. Quatrième dimanche, dit de Jean Climaque.

&
La Communion de sainte Marie l’Égyptienne,
Macédoine ou Serbie, XVIIe siècle
Collection byzantine du Petit Palais, Paris.
- 14. Cinquième dimanche de Carême, dit de Marie l'Égyptienne (Ve siècle).

     Au vieil ermite Zosime de Palestine, qui la poursuivit nue dans le désert et la couvrit de son manteau, Marie raconte:

     «Je suis née en Égypte. À l’âge de douze ans, je vins à Alexandrie, où, pendant dix-sept ans, je me suis livrée publiquement au libertinage et ne me suis jamais refusée à qui que ce fût. Or, comme les gens de ce pays s'embarquaient pour Jérusalem afin d'y aller adorer la sainte Croix, je priai les matelots de me laisser partir avec eux. Comme ils me demandaient le prix du passage, je dis: "Je n'ai d'autre argent à vous donner que de vous livrer mon corps pour mon passage". Ils me prirent donc et ils eurent mon corps en paiement.
     «Arrivée à Jérusalem, j'allai avec les autres jusqu'aux portes de l’église pour adorer la croix; mais tout à coup, je me sens repoussée par une main invisible qui m’empêche d'entrer. Comme je levais la tête, j'aperçus une image de la bienheureuse Vierge Marie. Alors je la priai de me laisser entrer pour adorer la sainte Croix, promettant de renoncer au monde et de mener à l’avenir une vie chaste. Après cette prière, j'allai encore une fois à la porte de l’église où je suis entrée sans le moindre obstacle. Quand j'eus adoré la sainte Croix, quelqu'un me donna trois pièces d'argent avec lesquelles j'achetai trois pains; et j'entendis une voix qui me disait: "Si tu passes le Jourdain, tu seras sauvée".
     «Je passai donc le Jourdain et vins en ce désert où je suis restée quarante-sept ans sans avoir vu aucun homme. Les sept pains que j'emportai avec moi devinrent à la longueur du temps durs comme les pierres et suffirent à ma nourriture pendant quarante-sept ans; mais depuis bien du temps mes vêtements sont pourris. Pendant dix-sept ans que je passai dans ce désert, je fus tourmentée par les tentations de la chair, mais à présent je les ai toutes vaincues par la grâce de Dieu.»

     Elle fit promettre à Zosime de lui apporter la communion le soir du Jeudi saint, ce qu'il fit. Elle lui demanda de revenir l'année suivante au même jour et au même lieu. Mais il la trouva morte, et ces mots écrits sur le sable: «Abbé Zosime, ensevelissez le corps de la misérable Marie; rendez à la terre ce qui lui appartient, réunissez la poussière à la poussière; priez cependant Dieu pour moi. Ceci a été écrit le dernier jour du mois Pharmuthi, en la nuit de la Passion qui a donné le salut, après avoir participé à la sainte et divine Cène».

     Comme la terre était trop dure pour le vieillard, arriva un lion pour préparer le tombeau de ses griffes. — D'après La légende dorée de Jacques de Voragine, écrite vers 1260. © Irma Cordemanu, 2018.


dimanche 18 mars 2018

Grand Carême (4): Dimanche de Jean Climaque.

     LE CYCLE PASCAL s'ouvre par Le Triode qui prépare Pâques (J) en trois temps: le petit carême, le grand carême et la semaine sainte, jusqu'aux Rameaux.

     I. LE PETIT CARÊME comporte quatre dimanches préparatoires. Ces trois semaines sont consacrées à la méditation, à la prière et à la préparation du grand carême.

     II. LE GRAND CARÊME. Commençant le lundi pur (J-48) et se terminant la veille (J-8) des Palmes / Rameaux, il dure donc six semaines et comporte quatre dimanches.
     
     < 1. J-42. Premier dimanche, dit du Triomphe de l'orthodoxie.
     < 2. J-35. Deuxième dimanche, dit des reliques.
     < 3. J-28. Troisième dimanche, dit de la Croix.

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- 21. Quatrième dimanche de Carême, dit de Jean Climaque.

   N'y aurait-il donc rien de plus pressant aujourd'hui que célébrer Jean Climaque, c'est-à-dire Jean de l'Échelle, auteur d'un traité L'échelle sainte, écrit vers l'an 600, dont le plus ancien monastère vivant du monde, Sainte-Catherine-du-mont-Sinaï, abrite la belle icône du XIIe siècle. Rien de plus pressant non plus pour Camille Claudel et Jessy Lipscomb en 1887, travaillant au Sakountala dans leur atelier. Rien de plus pressant de même pour Sylvie Aflalo, qui rencontre aussi son échelle. Et par elles, me pénétrer de la leçon de Brancusi: encore et toujours le ciel s'appuie sur la Terre.— © Irma Cordemanu, 2017.